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Découvrez le parcours de nos artisans d’art qui animent vos formations

Marion Huchet et l'Atelier Dreieck, reliure traditionnelle et de création

Marion Huchet, jeune relieure au sourire engageant, diplômée de l’école Estienne en 2011, nous fait partager son métier, qu’elle et son associée Anne-Claire Fessard, aiment à faire rayonner. Elles ont créé ensemble l’atelier Dreieck, qu’elles considèrent comme étant bien plus qu’un atelier de reliure, un studio d’expérimentation des arts du livre et du papier. C’est cette marque de fabrique qui a conduit par exemple l’artiste designer Xavier Majewski à leur confier un projet absolument fou : relier 11 000 pages qui pesaient 21 kilos de papier !

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Soutenu par une galerie, Xavier Majewski a travaillé sur un algorithme qui lui permettait d’obtenir toutes les définitions wikipedia non inscrites dans l’encyclopédie Diderot et d’Alembert. Pour donner du relief à la quantité des définitions obtenues, il a voulu les imprimer et relier l’ensemble en un seul tome. C’est à Dreieck qu’il a confié cet incroyable travail et œuvre d’art. Marion et Anne-Claire ont dû imaginer une structure pouvant supporter 21 kg de papier, une centaine de cahiers, 50 cm d’épaisseur et garantissant la conservation du contenu, objectif initial d’une reliure ! Voilà le genre de projets auxquels Dreieck est capable de répondre.

Marion a parcouru un long chemin qui a façonné sa passion pour son métier. Lycéenne, elle a été attirée par la restauration d’œuvres d’art, ce goût lui venant de vacances en famille où elle aimait entrer dans les églises et voir les restaurateurs assis sur des échafaudages retoucher des colonnes à la feuille d’or ou nettoyer des fresques avec des tout petits pinceaux. Malheureusement cette filière étant réservée aux élèves scientifiques, elle a préféré passer par la voie d’un bac littéraire et une mise à niveau en arts appliqués (MANAA).

Puis elle a découvert l’école Estienne, cette école historiquement dédiée à l’imprimerie et devenue aujourd’hui l’école de référence du design de communication et des arts du livre. Elle a tout de suite été séduite par les matières premières, les livres et les papiers ainsi que les outils, les belles presses à percussion anciennes en fonte et chêne massif la plongeant dans l’ambiance des ateliers. Durant les deux années de Diplôme des Métiers d’Arts (DMA) en reliure, Marion a appris la reliure d’art alliant artisanat, création plastique et recherche littéraire. Elle a approfondi ses connaissances à l’Atelier de renommée Devauchelle où elle s’est spécialisée dans la restauration de couleur, réparation de papier et fabrication d’étuis. Elle y a appris aussi la vie d’un atelier où comme dans n’importe quelle entreprise, il faut apprendre la gestion commerciale, le travail en équipe, le back office… Lorsqu’une relieure chez qui Marion avait fait un stage lui a proposé de reprendre son fonds de commerce, elle avait alors toutes les compétences pour accepter.

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C’est là que l’aventure Dreieck a commencé. Deux jeunes femmes, camarades de promotion à Estienne se sont associées, liées par leur amitié et par leur volonté de réunir leurs atouts, Marion en restauration et Anne-Claire en reliure traditionnelle. Leur atelier d’une cinquantaine de mètres carrés, situé à Pantin dans un quartier où nombreux artisans se sont installés foisonne de presses, cisailles, meubles industriels où elles rangent leur papier et leurs expérimentations graphiques… Leurs principaux clients sont des professionnels de l’art graphique qui veulent créer des prototypes pour les présenter aux maisons d’édition : photographes, graveurs, illustrateurs, graphistes et artistes contemporains.

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Elles créent pour eux des boîtes sur-mesure ou des reliures modernes qui empruntent les techniques de montage à la reliure traditionnelle et inventent un style adapté au contenu de l’ouvrage. Elles ont également des commandes de maisons de luxe et de quelques clients particuliers qui souhaitent restaurer des reliures anciennes ou relier des livres chers à leur cœur. Un ouvrage de reliure traditionnelle coûte entre 300 et 500 euros et une reliure de création entre 1000 et 2000 euros du fait du travail artistique sur le décor et la structure. Elles aiment travailler avec d’autres artisans, graveurs, imprimeurs, typographes, doreurs, sérigraphes, papetiers…. afin de répondre sur-mesure à chaque projet de leurs clients.

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La papeterie Dreieck créée à la main par Marion et Anne-Claire vous fera découvrir leur univers, inspiré d’un style graphique très affirmé. Leurs carnets reliés selon une technique dite suisse emboîtent une dizaine de cahiers constitués d’une cinquantaine de pages au total, est en papier marbré ou en cuir végétal sur lequel sont imprimés des motifs par marquage à chaud. www.atelier-dreieck.com

GIULIA CICCIU et sa marque de bijoux desidero inspiré de l’art DÉCO

Le nom « Desidero » que Giulia Cicciu a choisi pour sa marque de bijoux créée en 2012, inspiré de ses origines franco-italiennes exprime le désir : « J’ai envie ». Tout dans la personnalité de cette jeune femme pleine d’entrain évoque la volonté et en premier celle de faire de sa passion un métier. La reconnaissance de son talent lui a été apportée lorsque Les Ateliers d’Arts de France, syndicat professionnel des métiers d’art l’ont admise parmi ses membres en 2017.

Aujourd’hui Giulia vous reçoit dans sa boutique-atelier de la rue des Vinaigriers, pas loin de République, où se retrouvent nombreux acteurs de la bijouterie. Elle expose les bijoux qu’elle a créés et répond à des demandes sur-mesure. Elle-même se serait-elle crûe capable de répondre à ce premier client venu avec une améthyste taillée de façon très classique pour un projet de broche hyper moderne ? Pour lui, elle a créé un dessin au papier millimétré puis s’est entourée d’autres spécialistes : un maquettiste pour sortir une impression 3D en cire, un fondeur pour transformer la cire en métal, et un sertisseur pour placer la pierre, toutes les finitions du bijou lui revenant enfin à elle.

Giulia travaille le métal précieux, l’argent 925 dit argent massif, composé de 92,5% d’argent, les 7,5% d’autre métal conférant au matériau la robustesse nécessaire à la confection de bijoux. Elle crée aussi des bijoux en vermeil, argent massif plaqué de 5 microns d’or 18 carats. Giulia trouve son inspiration dans l'Art Déco, dont on retrouve l'influence dans les formes géométriques qu'elle choisit pour ses créations. Elle aime la simplicité d'un bijou qu'elle met en valeur en jouant avec le métal à qui elle donne tantôt des aspects polis, tantôt martelés ou sablés.

Giulia ne destinait pas son avenir aux bijoux car elle se projetait dans une carrière plutôt littéraire. Mais elle aimait les bijoux, elle aimait les porter, les assembler et la rencontre avec un joaillier alors qu’elle était lycéenne lui a laissé un sentiment fascinant. Pendant ses études de géographie à la Sorbonne, Giulia a continué à s’amuser en créant des bijoux avec une de ses amies, dont elles vendaient certaines pièces. Arrivée en fin de parcours quand il a fallu chercher un job, son passe-temps favori s’est révélé devenir une option professionnelle.  Pourquoi attendre quand on peut avant 26 ans profiter de programmes d’apprentissage qui permettent de financer sa formation et faire de sa passion un métier ?

C’est ainsi que Giulia a retrouvé les bancs de la Haute Ecole de Joaillerie, communément appelée l’école de la rue du Louvre, la plus ancienne école de bijouterie d’Europe formant chaque année 600 élèves aux métiers de la bijouterie-joaillerie. Pendant deux ans, Giulia a suivi une formation de 2 jours à l’école et 3 jours dans une entreprise de bijouterie. 8h pour apprendre toutes les techniques liées au métal, 4h de cours sur le travail de la cire et 4h d’histoire de l’art et de dessin technique. Chaque exercice permet d’aborder des techniques différentes et est noté pour que les élèves puissent passer leur certificat d’aptitude professionnelle, le CAP Art et technique de bijouterie-joaillerie dont Giulia a été diplômée en 2012. Après ces deux ans de formation technique à l'école et d'apprentissage chez un professionnel où elle a dû participer à la restauration de pièces et travailler pour des grandes maisons, Giulia était prête pour l'aventure Desidero. www.desidero.fr

Anne Goldfarb, plumassière et bijoutière réinvente l'art du bijou

Anne Goldfarb, après 20 ans dans les ressources humaines où elle a appris les dessous du monde de l’entreprise, a décidé de revenir sur un terrain plus artistique en 2011. En 2013, elle crée la marque de bijoux AnaGold. Anne est plumassière et bijoutière, elle aime la minutie du travail du métal, le patrimoine historique du bijou et aime s’inspirer de la nature comme d’un trésor. Ramassant depuis sa tendre enfance les plumes avec sa mère au hasard de promenades dans la campagne, elle a voulu rendre hommage à sa collection familiale.

Un des talents d’Anne est de savoir convaincre et elle le fait avec le plus grand naturel grâce à la confiance qu’elle a dans chaque projet qu’elle entreprend. Après ses deux ans de CAP « Art et Technique du bijou » à l’AFEDAP à Paris dans un cursus dédié au bijou contemporain, elle s’inscrit à la chambre des métiers et de l’Artisanat pour créer AnaGold. Elle convainc la couveuse GEAI (« Groupement d’Entrepreneurs Accompagnés Individuellement ») de la soutenir. Pour compléter son parcours d’autodidacte dans le travail de la plume, elle décide de se former aux techniques de plumasserie et c’est un fond dédié à la formation des entrepreneurs qui finance son cursus au lycée Octave Feuillet spécialisé dans les accessoires de Haute Couture. Elle devient donc officiellement plumassière après l’obtention d’un certificat délivré par le GRETA de la Création, du Design et Métiers d’Art (structure de l’Education Nationale spécialisée dans la formation pour adultes).

Anne a eu l’audace d’entrer dans l’univers de la plumasserie qui lors de la Belle Epoque comptait 800 maisons quand aujourd’hui il en subsiste quatre : Lemarié, qui appartient aux maisons d’art de Chanel, Février racheté par le Moulin Rouge en 2009, Marcy et la maison Légeron. Heureusement, il existe une jeune création contemporaine dans le domaine du design et de la mode haute façon qui font vivre le métier et sont une source d’inspiration pour Anne.

Anne aime toute la poésie qui se dégage des plumes. Elle aime le caractère et les reflets sombres des plumes de rapaces, les couleurs vives des plumes de geai et de paon, l’élégance des plumes de faisan... Elle a appris à les apprivoiser, les ciseler, les courber, les friser, monter un volume et une fleur. Elle se fournit dans sa collection personnelle, dans des élevages, auprès de chasseurs ou chez des professionnels. Puis elle imagine et crée à la main les structures de bijoux qui accueilleront l’ornementation en plumes. Elle a son atelier-boutique à Puteaux mais ses clients sont principalement des personnes rencontrées lors des salons pour particuliers ou professionnels.

Anne a imaginé également des pièces plus spectaculaires qu’elle a présentées au jury du salon Révélations, biennale internationale des Métiers d’Art et de la Création qui se tiendra en mai 2019 au Grand Palais. En acceptant sa candidature, elle a été admise aux côtés des artisans d’art les plus prestigieux du monde de la création d’art internationale. www.anagold.fr

Céline Flageul, une créatrice de bijoux qui a fait des pierres son terrain de prédilection

Quand j’ai vu arriver Céline dans notre atelier, pour remplacer une autre créatrice de bijoux lors d’une séance d’initiation, je ne la connaissais pas encore. En quelques instants, j’ai retrouvé dans son allure élégante le style de ses bijoux. Céline portait des longues boucles d’oreilles façonnées de jeux d’anneaux de différentes tailles et de différentes formes, d’un style contemporain qui donne du caractère à celle qui les porte. Les réseaux sociaux me permettaient déjà de m’intéresser aux œuvres de Céline, j’étais contente que le hasard d’un remplacement m’ait permis de la rencontrer.

Céline Flageul, deux mots pour désigner l’identité de la créatrice de bijoux et celle de sa marque. Rien de plus simple puisqu’ils racontent la même histoire, celle d’une jeune femme qui dès qu’elle a eu son bac a cherché à s’orienter vers une discipline artisanale. Marquée par un artisan qui sur un marché tapait sur le métal pour fabriquer ses bijoux avant de les vendre, elle a choisi cette voie-là sans trop d’hésitations.

Céline aime dans l’artisanat du bijou le travail du métal et le processus créatif qui commence par le dessin qu’elle a imaginé. Au préalable, elle a voulu se former à chacune des étapes. Son parcours est celui d’une perfectionniste qui ne se lasse pas de découvrir et d’apprendre des nouvelles techniques. Pendant trois ans, elle a commencé par alterner théorie sur le bijou et cours de dessin dans un centre de formation d’apprentis joailliers à Toulouse et apprentissage du métier chez un joaillier. Elle a construit les bases de sa discipline en apprenant à répondre aux requêtes variées des clients, de la simple réparation aux fabrications sur-mesure en métaux précieux. Grâce à cet apprentissage, elle a obtenu son CAP en métaux précieux et a aiguisé sa maîtrise du système « D » très utile pour son métier d’artisan. Céline ne se contente pas des bases même si elles sont solides, elle approfondit sa connaissance des pierres, son terrain de prédilection, en se formant à la joaillerie avec le GRETA de la Création, du Design et Métiers d’Art. A la différence de la bijouterie dont le rôle est de transformer le métal en bijoux, la joaillerie met en valeur les pierres. Céline a appris la sertissure et l’empierrage, ou l’art de préparer le support qui permettra au sertisseur de fixer la pierre. Puis elle a continué son exploration en poursuivant une formation en arts plastiques cette fois pour affirmer son sens de la création. L’univers de Céline s’est alors ouvert aux jeux de couleurs et de graphisme.

Céline Flageul, la marque, est née encore après plusieurs expériences dans différents ateliers, du bijou fantaisie aux paruriers haute-couture… Il semblerait que le monde des bijoux n’ait plus tellement de secrets pour Céline ! Sa marque a finalement vu le jour en 2013, pour répondre à son envie initiale de vendre les bijoux qu’elle a créés selon des techniques de joaillerie traditionnelle. Son identité est nourrie de son expérience et affirme un style très sûr. Céline manipule les métaux précieux et les pierres avec la dextérité de l’expert pour ancrer la griffe sobre et élégante de ses bijoux. www.celineflageul.com

HÉLOÏSE bossard, au DÉTOUR du papier

C’est au détour d’Instagram, que j’ai rencontré les œuvres inspirantes d’Héloise. Elle imagine un décor et le crée en découpant au scalpel des couches de papiers monochromes qui se superposent et créent une poésie de couleurs et de reliefs. Cette artiste, anciennement architecte s’est libérée de contraintes trop techniques proches de l’ingénierie pour se rapprocher de la création. Pourtant, à regarder ses œuvres, il nous paraît évident que la maquette n’a aucun secret pour elle. Héloïse est artiste, mais a les pieds sur terre, elle est douce et déterminée, dans son approche de la création comme dans la personnalité qu’elle dégage.

Portrait Heloise Bossard
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Combien de petits coups de scalpels pouvez-vous compter sur chacun de ses projets ? de plus en plus fins, ces petites marques permettent de créer des ombres, donnent de la profondeur à un décor pourtant créé seulement en deux dimensions. C’est la découpe qu’elle préfère, la phase la plus concrète puisqu’elle voit sous ses doigts prendre forme enfin le décor qu’elle a commencé par imaginer puis dessiner après des heures de recherche. A quel moment décide-t-elle de découper une couche d’une nouvelle couleur ? C’est le travail d’un artiste peintre qui connaît le secret des dégradés qui donnent du relief à un paysage plat. Mais Héloïse a tout appris à force de travail et d’expérience car il n’y a pas d’école spécialisée pour son métier. Son bagage artistique la suit toutefois depuis le lycée car elle avait déjà choisi une option artistique forte. Son école d’architecture et de paysage à Bordeaux lui aura donné confiance dans l’équilibre subtil entre création et construction.

Rose découpée au kirigami - Heloise Bossard
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Quant Héloïse s’est détournée de son métier initial d’architecte, qu’elle trouvait de plus en plus technique, elle s’est tournée vers le graphisme pour trouver l’aspect créatif et graphique qui lui manquait. Mais c’est le contact avec la matière qui inconsciemment lui manquait le plus. Elle connaissait bien le papier, car elle avait observé pendant ses années d’arts plastiques au lycée les natures infinies de papiers utilisés selon les techniques. Puis pendant ses études d’architecture, elle cherchait indéfiniment les nouvelles textures et couleurs de papiers pour refléter les matériaux de ses maquettes. Mais c’est finalement en aidant l’artiste et scénographe Laure Devenelle dans un projet d’origami pour WWF que le papier s’est imposé à elle.

Aujourd’hui, c’est la nature qui inspire Héloïse, les fleurs, les animaux et les paysages, mais elle commence également à explorer les formes géométriques, elle imagine des motifs figuratifs mariés avec des formes abstraites, des découpages en dentelles ou des superpositions de couches… Tout est possible, tant que la poésie est là car c’est la même mélodie qui se dégage de chaque oeuvre délicate d’Héloïse. Elle aimerait trouver le moyen de colorer elle-même ses papiers pour apporter de la structure au monochrome notamment dans le découpage en dentelles.

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bateau kirigami - Heloise Bossard

Héloïse peut utiliser du papier Canson, mais sa préférence va aux papiers washi de Awagami factory, fabriqués au Japon à la main. Elle va chez Calligrane rue du pont louis Phillipe ou chez Sennelier quai Voltaire pour les acheter et pour les faire vivre grâce aux œuvres qu’elle crée essentiellement pour les particuliers. Au detour du papier, jeu de mots et de papiers créés par Héloïse Bossard.

dentelles - Heloise Bossard
dentelles orange - Heloise Bossard
diamants dentelles - Heloise Bossard

Paname Workshop, une aventure béton lancée par Gilles Martineau

Gilles Martineau, un homme que rien ne destinait à un métier artisanal dédie aujourd’hui ses journées à son magnifique atelier à hauteur sous plafond indécente, en plein cœur de Paris. Il a créé « Paname workshop » il y a un peu plus d’un an après une première carrière de manager commercial. Aujourd’hui, Gilles crée des objets en béton qui ont la finesse de pièces modelées en céramique et la robustesse du matériau de construction. Il a inventé son métier en observant minutieusement les artisans et leur savoir-faire lors des nombreux chantiers qu’il a orchestrés. Et ce sont ses rencontres avec artisans, techniciens et architectes qui lui ont redonné le goût de la création qu’il avait laissé de côté après l’enfance.

Contrairement à la plupart des métiers artisanaux, dont les savoir-faire sont très anciens, Gilles a créé le sien de toute pièce, inspiré d’une matière brute qu’il a appris à bien connaître en rénovant tour à tour restaurants et magasins. Le ciment est devenu son allié en se transformant, se mélangeant pour obtenir la composition idéale pour qu’une fois secs, les objets en béton aient la finition désirée. Cette recette secrète qu’il a longtemps expérimentée est issue d’une alliance entre un ciment blanc très fin, du sable de silice et des fibres de verre qui viennent remplacer le gravier utilisé pour le bâtiment.

Il n’y a pas de formation pour le métier de Gilles, car le béton décoratif ne s’apprend pas en maçonnerie. Il tient son expérience de sa curiosité, de son sens de l’observation et de sa patience face aux contraintes d’un matériau qui n’a jamais fini d’être exploré. La seule compétence technique qu’il a acquise grâce à une formation est la modélisation 3D car les étapes de création d’un objet nécessitent des dessins très précis en trois dimensions, car ils vont être utilisés pour fabriquer les moules des futurs objets.

La clientèle de Gilles est internationale aussi bien pour des particuliers que pour des professionnels qui le découvrent grâce au référencement de son métier sur internet, assez unique. Gilles propose des objets utilitaires aux particuliers allant du bougeoir à la lampe baladeuse, aux petits et grands pots, unis, marbrés, à l’aspect brut et lisse, de 7€ à 75€. Mais les projets qui passionnent Gilles, ce sont les commandes de professionnels, maisons de luxe, bijoutiers, agences de communication… qui demandent créativité et réactivité. Elles le stimulent et lui permettent de réinventer ses techniques à chaque nouveau projet sur-mesure.

Gilles travaille dans le sentier, ce qui lui apporte une dynamique de création car beaucoup de choses naissent dans ce quartier. Pour utiliser le gros matériel comme les machines à découpe laser ou les fraiseuses numériques, il va au TechShop. Son atelier ressemble à son quotidien de touche-à-tout comme il aime dire. Il évolue entre une zone de création avec des machines, une zone de fabrication qui déborde régulièrement dans d’autres pièces en fonction des commandes, un studio photo, un coin bureau et un canapé ! Un bel endroit qui inspire cet explorateur de la matière et inventeur de nouveaux projets en béton ! www.panameworkshop.com

Laurie & Les Petites Mains, une seule personne qui fourmille d’idées créatives autour du papier.

Quand vous rencontrez Laurie Archambault, vous découvrez une jeune femme douce et gracieuse qui parle de son métier de relieure tout en délicatesse. J’ai repéré le travail de Laurie autour de la papeterie de luxe en parcourant des sites web de créateurs. Puis nous nous sommes parlées au téléphone pendant un long moment, la plus grande partie du temps pour parler d’autres créateurs qui exposaient sur un salon où Laurie avait également présenté sa collection de carnets. Curiosité et empathie, deux autres caractéristiques de la personnalité de Laurie. Enfin, je l’ai rencontrée « en vrai » au Bon Marché, au milieu de ses carnets qu’elle exposait, à côté d’une de ses petites presses de notaire anciennes qu’elle aime collectionner. Couvertures en bois, papiers ou cuirs, tous délicats comme elle, j’ai finalement choisi un carnet en cuir souple et doré pour un parfait cadeau de Noel, que je n’ai jamais voulu céder…

Laurie est intriguée par le papier depuis la petite enfance. Présent partout, dans les manuels scolaires et les cahiers, les prospectus et les emballages, il fait de l’œil à Laurie qui cherche à comprendre quelles seraient les déclinaisons autres que cet usage industriel. Laurie s’y est intéressée jusqu’à aller en cachette en troisième aux portes ouvertes de l’école Estienne, réputée pour l’imprimerie et les arts graphiques.  Emerveillement ! de l’endroit et de l’atelier de reliure, de l’univers et du professeur en blouse blanche qui présentaient quelques ouvrages reliés. C’est donc à l’école Estienne que Laurie a obtenu en 2011 son Diplôme des Métiers d’Art (DMA) en reliure-dorure. Lors de cette formation, le livre est l’objet de l’étude et les élèves apprennent à concevoir l’habit, révélateur et expression du contenu.

Naturellement, Laurie a constitué ses premiers contacts lors de cette formation : des professionnels, libraires ou illustrateurs mais aussi de particuliers intéressés par son parcours. C’est ainsi qu’elle s’est inscrite en 2012 à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat en tant qu’artisan auto-entrepreneur. Laurie a aménagé chez elle un petit atelier d’où elle travaille et peut recevoir ses clients. La majorité d’entre eux sont des artistes qui veulent concevoir leur book ou relier des exemplaires en édition limitée de leurs travaux et elle est également sollicitée pour des travaux de restauration ou de reliure pour des particuliers bibliophiles.

Mais ce qu’aime aussi Laurie, c’est inventer, imaginer des créations originales en papier, en bois, en cuir avec ses petites mains dont elle a fait le nom de sa marque. Laurie & les petites mains créent des carnets, des bijoux, des décors. Elles plient, déplient, replient selon une étude mathématique pas du tout improvisée. Laurie passe du temps à dénicher les matériaux les plus jolis, est la cliente privilégiée de la spécialiste à Paris du papier japonais Adeline Klam et a fait l’admiration de l’auteure, scénariste et blogueuse Caroline Franc (@penseesbycaro). Celle-ci dont Laurie à ses tout débuts gardait les enfants a été réellement fascinée par la détermination de cette jeune fille pour la reliure et le papier, à tel point qu’elle a écrit un article qui a valu à Laurie de vendre en quelques heures tout son stock de boucles d’oreilles en origami ! 

Laurie aime la création et est sensible également à la transmission, notamment pour perpétuer des savoir-faire rares, comme en fait partie la reliure. Aînée de quatre enfants, elle a l'habitude d'expliquer et la pédagogie est naturelle. C'est un plaisir de la voir animer un atelier autour du papier à un groupe d'enfants qui sans s'en rendre compte au bout de plusieurs heures, repartent avec un projet qu'ils ont fièrement réalisé. 

www.laurie-et-lespetitesmains.fr

Mifille Miraisin, une marque de bijoux précieux conteurs d'histoires.

J’ai rencontré Bénédicte, rue Réaumur, dans ce quartier entre Sentier et République où foisonnent les fournisseurs des bijoutiers de Paris. J’ai découvert une jeune femme à l’air discret, aux yeux foncés cachés derrière ses lunettes et ses cheveux tout bouclés lui donnant un look bien à elle, reflétant sa personnalité unique, curieuse et décidée. Nous nous étions données rendez-vous pour qu’elle m’emmène dans son atelier qu’elle partage avec d’autres bijoutiers (« les ateliers du créateur »).

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Dans cette petite salle de réunion, où résonnent les coups de maillet, les sons des scies qui découpent le métal, et les frottements de polissage et de limage contre les bijoux, Bénédicte me raconte son parcours. Résolument issue d’une formation artistique, avec un diplôme d’arts plastiques obtenu à la Sorbonne puis une formation de design textile, elle a commencé à travailler comme assistante styliste, brodeuse, créatrice textile puis elle a rejoint un atelier de sérigraphie d’art. Bénédicte avait les mains d’un artisan d’art et le cœur d’une créatrice, mais elle s’est trouvée confrontée à la réalité parfois difficile des disciplines aux débouchés limités. Et elle a continué vers l’infographie et le web design, pour être responsable du service de production dans une agence de e-marketing. Mais Bénédicte, pour qui la création donne autant de sens à ce qu’elle entreprend, s’est sentie trop éloignée du monde qu’elle aimait. A ce moment-là, les envies créatives et une opportunité à Bruxelles lui ont ouvert la possibilité de changer de vie et elle a décidé de se former aux métiers de la bijouterie à l’Institut Jeanne Toussaint aux Arts et Métiers de Bruxelles.

Le rêve de la jeune fille qui aime regarder les bijoux, les essayer, les porter et son attirance de toujours pour les métiers de savoir-faire se sont concrétisés lors de cette formation. Pendant trois ans, Bénédicte a appris les bases de bijouterie / joaillerie, du dessin, de la gemmologie et de l’émaillage. Puis elle s’est spécialisée dans le bijou contemporain, qui consiste notamment à travailler la matière. Métal précieux ou non, Bénédicte varie les techniques pour explorer la matière.  

Mifille miraisin est née en mars 2016 pour ne pas laisser passer son rêve. Elle cite l’écrivain Marie-Claude Bussières qui décrit son état d’esprit : "La vie est trop courte pour la passer à regretter tout ce qu'on n'a pas eu le courage de tenter." Mifille miraisin est issue de l’expression « mi-figue mi-raisin » qui exprime pour Bénédicte les sentiments qui se contredisent et cohabitent, à l’image d’une jeune fille qui grandissait en imaginant les bijoux qu’elle voulait créer et ne se sentait pas encore une adulte et femme accomplie. Les bijoux de Bénédicte symbolisent des étapes de vie en portant des messages. En argent ou plaqué-or, ses bijoux sont simples et précieux, discrets et brillants, minimalistes et pleins de sens, ou simplement ludiques… Ils expriment à chacun ce qui veut bien être entendu. www.mifillemiraisin.com

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BaYkul Baris Yilmaz, un des derniers marbreurs à paris à pratiquer l’art Ebru

Quand vous rendez visite à Baris dans son atelier rue Levert dans le 20ème arrondissement, dans cette impasse partagée avec d’autres artistes, vous êtes ailleurs, vous entrez dans une ambiance, vous ne savez pas bien laquelle mais quand Baris vous propose un café turc, vous comprenez. Cet ancien chef cuisinier, formé auprès d’un maître en Turquie à l’art Ebru selon les traditions de son pays, vous accueille et vous explique avec son accent chantant qu’il a préféré renoncer à son métier pour se consacrer à sa passion.

Portrait de Baris Yilmaz
Atelier de Baykul Baris Yilmaz

Baris, arrivé à Paris il y a maintenant 18 ans pratique l’art Ebru.

L’ébru (« nuage ») est l’art traditionnel turc qui consiste à créer des motifs colorés en appliquant des pigments de couleur au goutte-à-goutte ou au pinceau sur de l’eau à laquelle on a ajouté des substances grasses dans un récipient puis à transférer ce motif sur du papier. Les dessins et les effets employés dans l’art du papier marbré sont, entre autres, des fleurs, des feuillages, des motifs ornementaux, des entrelacs, des mosquées et des lunes ; ils sont utilisés pour la décoration dans l’art traditionnel de la reliure. Les praticiens utilisent des méthodes naturelles pour extraire les teintures des pigments naturels, qui sont ensuite mélangées à quelques gouttes de bile de bœuf, un type d’acide naturel, avant d’être déposées au goutte-à-goutte ou au pinceau sur une préparation de liquide épaissi, où elles flottent en formant des motifs bigarrés (extrait texte de l’UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel de l’humanité).

Les connaissances et les compétences des artistes, des apprentis et des praticiens de la peinture Ebru sont transmises oralement dans le cadre de relations maître-apprenti. L’art de la marbrure est arrivé en Turquie depuis l’Asie au XVème siècle à la grande époque de la tradition du décor, de l’ornementation et de l’ennoblissement du papier, utilisé pour la calligraphie et la décoration d’objets. Cet art est arrivé en Europe au XVIème siècle grâce aux grands voyageurs et négociants venus d’Orient. Baris est un des derniers marbreurs à pratiquer cet art dans la plus pure tradition.

Atelier de Baykul Baris Yilmaz
Bain de marbrure

Les papiers marbrés sont historiquement et aujourd’hui encore utilisés pour les couvertures des livres reliés. La plupart des clients de Baris sont donc les relieurs, les bibliothèques et en particulier la Bibliothèque Nationale de France qui oeuvre pour préserver et conserver son patrimoine. Baris pratique également la marbrure suminagsahi, l’art ancestral japonais qui consiste à faire flotter de l’encre sur l’eau. C’est l’effet hypnotisant de la beauté du dessin qui prend forme sur l’eau qui pousse Baris à aller toujours plus loin dans ses recherches et à faire rayonner son art auprès du plus grand nombre. Si on devait demander la spécialité de Baris, il dirait peut-être le monochrome et le double passage….:

Oeuvre Baykul Baris Yilmaz
Oeuvre marbrée Baykul Baris Yilmaz

Cette série d’oeuvres, toutes créées selon les techniques traditionnelles Ebru permettent de découvrir l’étendue du travail de l’artiste-marbreur. Retrouvez-le sur sa page Facebook.

Marbure Baykul Baris Yilmaz
Marbure Baykul Baris Yilmaz
Marbure Baykul Baris Yilmaz